Financement de l’agriculture camerounaise par la microfinance Présentation par M. NGONTHE Directeur des Etudes ISE à l’ISSEA de Yaoundé.

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Financement de l’agriculture camerounaise par la microfinance Présentation par M. NGONTHE Directeur des Etudes ISE à l’ISSEA de Yaoundé

I Les instruments et les sources de financement du secteur agricole Durant la phase de « planification » Deux principaux acteurs : le secteur bancaire et l’Etat. Le secteur bancaire Rôle important dans la mise sur pieds d’un secteur dit « moderne » au début des années 1970, notamment en finançant certaines agro-industries. L’Etat L’essentiel des fonds en direction de l’agriculture provenait de l’Etat. L’Etat a utilisé plusieurs modes de financement :  Les sociétés de développement Elles avaient entre autres missions de faciliter le développement des différentes filières de production. L’exemple le plus palpable reste celui de la SODECOTON. Elle encadre aujourd’hui plus de producteurs de coton ; Dans l’ensemble, même si l’exemple de la SODECOTON est plus que flatteur, il reste que cette méthode a connu un sérieux échec pour plusieurs raisons : Mauvaise appréciation des conditions du milieu ; Faible développement des ressources humaines adaptées; Faible développement des infrastructures ; Mauvaise gestion. Par la suite, beaucoup de ces sociétés ont fermé les portes

I Les instruments et les sources de financement du secteur agricole  Les structures ou organismes de financement Le FONADER Mis sur pieds en 1973, le FONADER est resté la plus importante source des crédits agricoles jusqu’en 1987 année de cessation de ses activités. Les prêts sont passés de 2 milliards en 1980/1981 à plus de 7 milliards en 1984/1985 pour chuter à seulement 46 millions en 1987/1988. Le FOGAPE Il a été mis en place en 1979, garantir les crédits consentis par les banques aux PME, leur accorder des prêts et une assistance technique. Près de 40 milliards ont été mis à sa disposition, mais il n’a pas atteint ses objectifs et depuis 1997 ses activités de promotion sont suspendues. Le Crédit Agricole du Cameroun Face à certaines limites constatées du FONADER, le Crédit Agricole a été mis créé avec un fonds de bonification devant permettre d’octroyer des crédits aux agriculteurs à des conditions modérées, mais environ 10 ans après le lancement de ses activités, il fermait également ses portes.

I Les instruments et les sources de financement du secteur agricole Durant la phase d’ajustement Le secteur bancaire  Liquidation et restructuration de nombreuses banques  Rétrécissement et fermeture des guichets les villes secondaires des villages,  Durcissement des conditions d’accès au crédit,  Marginalisation de la très grande majorité de la population.  Seules deux banques ont développé des stratégies d’appui à la finance rurale : l’Afriland First Bank appui financier et institutionnel en direction des micro-banques de développement rurales MC2  BICEC refinancement des CVECA (Projet Crédit Rural Décentralisé). Les bailleurs de fonds  L’agence Française de Développement et l’Union Européenne sont intervenus et interviennent en tant que principaux pourvoyeurs de fonds du Projet Crédit Rural Décentralisé;  La Banque mondiale est le principal bailleurs de fonds du Programme National de Vulgarisation et de Recherche Agricole (PNVRA) qui, entre autres, accorde aux paysans des subventions d’équipement à concurrence de 80% du montant.  L’Agence canadienne pour le Développement International intervient entre autres comme principal bailleur de fonds dans le financement des Micro Projets Productifs en Faveur des Femmes.

I Les instruments et les sources de financement du secteur agricole Le projet FIMAC  L’Etat et la banque mondiale ont signé en 1991 un accord de prêt de 23 milliards de dollars pour un projet qui comprend cinq composantes dont le « Financement des Micro-réalisations Agricoles et Communautaires » (FIMAC).  La première phase d’octroi des prêts s’est déroulée de septembre 1991 à la fin de l’année Les activités financées étaient de deux types :  Des micro-projets productifs, montant maximum de prêt : un million FCFA remboursable en quatre ans et sans intérêt.  Des micro-projets d’infrastructures de soutien à la production dont le montant maximum du prêt est de six millions FCFA remboursable en 10 ans et sans intérêt.  Au cours de cette phase, plus de projets agropastoraux ont été ficelés par les différents groupes ; environ 5365 projets ont été agréés pour un besoin de financement de FCFA ; le financement effectif s’est élevé à environ FCFA, soit environ 55% de projets financés.  Au 30 avril 2001, le montant des remboursements s’élevait à environ FCFA sur un total de FCFA parvenus à échéance, soit un taux de remboursement de 53%.

I Les instruments et les sources de financement du secteur agricole Situation des prêts de première génération au 30 avril 2001 Source :cellule FIMAC

I Les instruments et les sources de financement du secteur agricole Le projet FIMAC Depuis 1998 le projet est effectivement rentré dans la deuxième génération de crédits avec le Fonds de Développement Rural constitué des remboursements des crédits de première génération. Un processus d’intermédiation financière a été mis en place et la gestion fiduciaire est confiée aux EMF ayant signé des accords avec le Ministère. Conformément à ce processus d’intermédiation, 160 contrats d’arrimage ont été avec des EMF consacrant ainsi l’arrimage de 2819 groupes. En 2001, les transferts en direction des EMF contractuelles s’élevaient à FCFA. Source :cellule FIMAC

I Les instruments et les sources de financement du secteur agricole Types d’EMFNombreNombre de groupes arrimés Réseau CAMCULL COOPEC créées par la Cellule FIMAC MC CVECA 440 Autres COOPEC Total Situation d’arrimage Source :cellule FIMAC La situation d’octroi des crédits de deuxième génération est la suivante : Source :cellule FIMAC

II ROLE DES EMF AU CAMEROUN Typologie des structures de microfinance Modes de fonctionnement Importance de la microfinance dans le système financier camerounais Performances des EMF et financement l’agricole

Typologie des structures de microfinance Au niveau international On distingue trois grandes catégories de structures de microfinance : La première catégorie est celle des systèmes mutualistes ou coopératifs, inspirée du modèle RAIFFEISEN en Allemagne. Ils sont organisés sur la base de coopératives ou banques locales ; ensuite, ces dernières sont regroupées en unions au niveau régional et les unions sont à leur tour regroupées pour former un réseau au niveau national. En deuxième lieu, nous avons le système associatif ou le système de crédit solidaire inspiré de la GRAMEEN Bank au Bangladesh. Enfin, nous pouvons observer un troisième système constitué de banques locales auto-gérées. Ces dernières sont créées au niveau des villages pour aider les villageois à sécuriser leurs épargnes et les orienter vers des micro-projets productifs.

Typologie des structures de microfinance Cas du Cameroun Au Cameroun, véritablement déclic à la suite de la promulgation de la loi n° 92/006 du 14 août 1992 relative aux coopératives et GIC. Et plus tard le décret n° 98/300/PM de septembre 1998 a fixé les modalités d’exercice des activités des coopératives d’épargne et de crédit. Actuellement, l’activité est coordonnée au niveau de l’Afrique Centrale par la COBAC qui a rendu public la réglementation y relative en avril D’après cette nouvelle réglementation, et à la suite des enquêtes réalisées auprès des EMF de la zone, on distingue en trois catégories. la première catégorie regroupe ceux qui font du crédit exclusivement au profit de leurs membres. Ce sont des mutuelles, coopératives ou associations. Il ne leur est pas exigé de capital minimum ; la deuxième catégorie regroupe les EMF qui collectent l’épargne et accordent des crédits aux tiers. Ils doivent obligatoirement adopter la forme de « Société Anonyme » et doivent disposer d’un capital minimum de 50 millions FCFA ; la troisième catégorie concerne les établissements qui accordent des crédits aux tiers sans exercer l’activité de collecte de l’épargne. Ce sont en général des projets, des programmes, des ONG. Pour cette catégorie, il est exigé un capital minimum de 25 millions FCFA.

Modes de fonctionnement CAMCCUL Il a été mis sur pieds dans les année 60 par des missionnaires catholiques de la zone anglophone du pays. Il représente plus de 50% des sociétaires des EMF du Cameroun, avec la forme juridique de coopérative. Il est formé à la base, de caisses populaires ou « crédit union » qui sont des cellules autonomes. Plusieurs crédit union(une vingtaine) se mettent ensemble pour former une section qui s’occupe des problèmes de développement et de croissance des différentes caisses qui en sont membres ; Enfin, les différentes sections sont organisées en ligue. La ligue assure la supervision, l’audit, l’inspection, l’information et la formation au niveau des différentes caisses et chaque caisse dépose 20% de ses parts sociales et épargnes à la ligue pour constituer un fonds commun servant à financer les caisses ayant des besoins particuliers et paie 0.03% de ce dépôt pour les services divers. En contrepartie, les caisses peuvent ouvrir des comptes de dépôts à terme et à vue au niveau de la ligue et adhérer au programme d’assurance ou de gestion du risque couvrant les emprunts et les dépôts des membres. Le réseau compte aujourd’hui plus de 250 caisses réparties en 9 sections dont plus de 60% dans les zones rurales, plus de adhérents et couvre tout le territoire national.

Le réseau MC2 Les mutuelles communautaires de croissance sont de micro-banques de développement rurales ayant la forme juridique d’association ; elles sont établies et gérées par les populations rurales de leurs zones d’implantation, et sont une initiative de Afriland First Bank. La mise en place d’une MC2 requiert la participation de trois acteurs :la First Bank et ADAF qui sont des structures d’appui au MC2, les populations concernées. Elle comprend plusieurs étapes notamment :  Information, sensibilisation des élites intérieures et extérieures et des populations locales et étude de faisabilité réalisées par l’ONG ADAF ;  Collecte de fonds ; Tenue de l’assemblée générale constitutive  Choix du personnel par le conseil d’administration ;  Formation du personnel conjointement par la First Bank et ADAF ;  Recherche et aménagement du local de la MC2 ;  Acquisition des équipements de sécurité ;  Ouverture des guichets de la MC2 ;

Le réseau MC2 Le fonctionnement de chaque MC2 est assuré par quatre organes :  L’Assemblée Générale, organe suprême de décision ;  le Comité des Sages, constitué de représentants des élites, des autorités morales et traditionnelles.  le Conseil d’Administration, chargé de la gestion et du crédit ;  le Secrétariat Exécutif comprenant 1 secrétaire, 1trésorier, 1 comptable et 1 caissière, assure la gestion courante de la mutuelle. Les adhérents souscrivent à la somme de FCFA dont 2500 de droits d’adhésion et FCFA pour fonds d’établissement et correspondant à dix parts sociales. En outre, ils sont tenus d’épargner régulièrement au moins 1000 FCFA par mois et l’accès au crédit est l’apanage des seuls membres. Les taux d’intérêts sont fixés par chaque MC2 et varient de façon générale entre 10% et 12.5%. Aujourd’hui le réseau compte 55 MC2 implantées dans toutes les dix provinces du Cameroun et plus de membres.

Le réseau des CVECA Les caisses Villageoises d’Epargne et de Crédit Auto-gérées sont de micro-banques rurales ayant la forme de coopératives,créées dans le cadre du Projet Crédit Rural Décentralisé, financé par le Gouvernement camerounais sur prêt de l’Agence Française de Développement. Les critères qui président à l’ouverture d’une caisse sont principalement : La motivation et l’intérêt des populations pour la création de la caisse ;  La cohésion sociale au sein du village ;  La capacité du milieu à gérer des actions communautaires ;  Existence des activités génératrices de revenus ; Sa structuration comprend :  Une assemblée générale : En collaboration avec les animateurs du réseau, elle élabore le règlement intérieur, fixe les différents taux d’intérêts (entre 25% et 36%) et les conditions de crédit;  Un comité de gestion constitué de 10 personnes en moyenne ;  des caissiers ( 2 ou 3) chargés de la tenue des documents de gestion ;  Un contrôleur interne. Ce réseau compte aujourd’hui 173 caisses dans quatre provinces et près de membres.

Le réseau FOCAOB Il a la forme juridique de coopérative et est formé à la base de caisses villageoises appelées CABA (Caisse de Base). Les premières CABA datent de 1995 et le réseau en compte aujourd’hui 42 réparties dans cinq provinces et près de 3200 membres. Les autres structures de microfinance Les autres Etablissements de microfinance sont en général des coopératives ayant pour origine les tontines et des coopératives dites «d’affaires ». Elles opèrent de manière indépendante et sont localisées pour la plupart dans des zones urbaines.

Importance de la microfinance dans le système financier camerounais En 2001, ils représentaient 45% des usagers (banques commerciales et microfinance) et 97% en terme de nombre de structures, mais seulement 5% des fonds propres, 6% de l’épargne réalisée et 5% du crédit octroyé. Tableau - poids des institutions de micro finance dans le système financier. Unités : millions de F CFA Sources : MINAGRI, résultats des enquêtes sur les institutions de micro finance du Cameroun

Performances des EMF et financement l’agricole De façon générale les performances s’observent au niveau de chaque structure à travers des indicateurs comme : le nombre de caisses affiliées au réseau, le volume de l’épargne collectée, le volume de crédit octroyé, le taux d’intérêt le taux de remboursement des crédits.

Performances des EMF et financement l’agricole Source :MINFI/ADAF/MIFED/FOCAOB [1] il s’agit du nombre de caisses ayant été agréées par la COBAC [2] ce sont des coopératives indépendantes agréées par la COBAC au 30 juin 2003 Répartition géographique des établissements de microfinance au Cameroun

Performances des EMF et financement l’agricole Le réseau CAMCCUL Entre 1999 et 1001, les crédits octroyés sont passés de 12 milliards à 13 milliards. Les projets financés sont en majorité non productifs (plus de 70%) et concernent en général la santé, l’éducation, la construction d’infrastructures, etc. En 2001, près de projets ont été financés dont seulement projets agricoles. La part réservée à l’agriculture reste donc assez faible et peut s’expliquer par la faiblesse des rendements des projets agricoles par rapport au taux d’intérêt qui est supérieur à 20% Le réseau des MC2 Les premières caisses ne datent que de 1992 ; le nombre de caisses a presque doublé, passant de 32 en 1999 à 55 en 2003, tandis que les membres ont enregistré une progression de l’ordre de 125% en 4 ans, passant de à ; l’épargne mobilisée est passée de 3 milliards en 1999 à environ 5 milliards. Au cours de l’année 2003, plus de 12 milliards de crédits ont été accordés. Ce réseau accorde plus d’importance à l’agriculture certes, mais les projets agricoles représentaient 52% en nombre et seulement 31% en valeur. Ici, le taux est compris entre 10 et 12,5. L’un des principaux griefs qu’on peut faire à ce réseau est la nature essentiellement court terme des crédits car les durées excèdent rarement l’année. Pour palier cette insuffisance, l’Afriland First Bank est entrain d’expérimenter un nouvel instrument devant permettre d’accorder des prêts à moyen et long terme : le MITFUND.

Performances des EMF et financement l’agricole [1][1] Paul K. FOKAM : « Et si l’Afrique se réveillait ? » éd. Le JAGUAR, 2000 Le réseau des CVECA Les membres sont passés de en 1999 à en 2003, l’épargne mobilisée est passée de moins de 200 millions à près de 2 milliards. De même, les crédits accordés ont augmenté de 55% passant d’environ 800 millions à près de 1.2 milliards. Le réseau a financé pas moins de 9500 projets dont 48% dans le secteur agricole. Mais les taux d’intérêts (entre 25 et 36%), restent élevés pour l’agriculture dont la rentabilité se situe autour de 15% d’après Paul K. FOKAM (2000) [1]. Le réseau FOCAOB C’est un jeune réseau rural qui n’a pas connu une grande évolution. L’épargne collectées s’élevait à près de 120 millions en 2003 et le réseau a financé plus de 1604 projets pour une valeur globale de plus de 92 millions. Les projets agricoles représentaient en % en nombre et seulement 25%. Le taux d’intérêt est élevé (supérieur à 20% dans toutes les caisses car il diffère d’une caisse à l’autre). De façon générale, tous les réseaux enregistrent de bons taux de remboursement (au delà de 90%). [1][1] Paul K. FOKAM : « Et si l’Afrique se réveillait ? » éd. Le JAGUAR, 2000

Performances des EMF et financement l’agricole [1][1] Paul K. FOKAM : « Et si l’Afrique se réveillait ? » éd. Le JAGUAR, 2000 Les limites du financement de l’agriculture par la microfinance Au niveau de la microfinance  La difficulté d’intégration (Secteur rural/COBA)  Certaines EMF inappropriés  La rareté des ressources financières  Taux d’intérêt élevés  L’absence des financements à moyen et long terme Au niveau de l’agriculture  Des projets agricoles destinés en grande partie à l’autoconsommation  Manque de diagnostic des unités agricoles pour la microfinance

Conclusion La microfinance peut-elle financer efficacement l’agriculture ? De façon générale, la microfinance peut financer l’agriculture mais une assistance est souvent nécessaire pour que ce financement soit efficient. Une telle assistance doit être envisagée dans trois directions :  Le développement des infrastructures ;  La formation du personnel, en particulier en ce qui concerne la comptabilité et l’analyse des micro-projets ;  Le troisième point concerne le refinancement. L’appui financier du gouvernement, des bailleurs de fonds et des banques commerciales est plus que nécessaire pour les EMF dont les moyens propres ne leur permettent pas toujours de financer tous les projets intéressant qui leur sont présenté et il permettra d’accorder des prêts aux paysans à des coûts raisonnables. Les études estiment qu’un taux d’intérêt pour l’agriculture entre 8 et 10% serait raisonnable.

Conclusion Par ailleurs, certains analystes pensent que des liens de complémentarité doivent exister entre les structures et les banques commerciales. Centaines structures au Cameroun ont déjà fait des efforts dans ce sens, le réseau CAMCCUL s’est doté d’une banque depuis 1998,la « Union Bank of Cameroon » ; l’Afriland First Bank parraine les MC2 depuis la création et la BICEC assure le refinancement des Caisses villageoises. Les autres mesures grâce auxquelles la microfinance serait efficace dans le secteur agricole concernent :  Le financement des projets agricoles « de marché » ;  L’approche du diagnostic prospectif est aussi à encourager (étapes) ; La microfinance en l’état actuel semble plutôt adaptée pour les petites exploitations. Elle peut servir dans la préparation des terres, le matériel de production, le stockage et la commercialisation, etc.